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  • 03 mai 2018 - 08:15
  • Joël Burri 2804 signes
Politique

Le gouvernement vaudois présente son plan contre la radicalisation

Béatrice Métraux Une permanence téléphonique pour les citoyens, une plateforme pluridisciplinaire pour traiter au cas par cas les situations de radicalisation présumée, une priorité donnée à la police sur les cas présentant des enjeux sécuritaires et une administration qui dans chacun de ses départements devra mettre en place des procédures de signalement. Le Canton de Vaud se donne trois ans pour expérimenter une nouvelle approche de la radicalisation.

Photo: Béatrice Métraux présente le projet du gouvernement vaudois.  

Par Joël Burri

En 2017, la centrale d’appel de la police vaudoise a recueilli environ 650 appels de personnes inquiètes de voir des voisins ou des proches montrer des signes de radicalisation. Après évaluation de ces signalements, la police garde un œil sur quelque 150 personnes. «Lorsque l’on reçoit un appel nous signalant un rassemblement suspect dans un garage, nous pouvons évaluer les risques sécuritaires et intervenir si nécessaire», témoigne Jean-Yves Lavanchy de la police cantonale vaudoise. La question est autre quand un parent craint que son fils ou sa fille se radicalise. «C’est pour ce genre de cas que la police appelle de ses vœux la création de la plateforme opérationnelle», a expliqué le commissaire mercredi 2 mai devant la presse.

Le Conseil d’État (exécutif) vaudois propose en effet la création de ce groupe d’experts pluridisciplinaires qui sera chargé d’accompagner au cas par cas les personnes soupçonnées de se radicaliser. «Le dispositif vise à prévenir une rupture avec les milieux familiaux et scolaires», explique la Conseillère d’État Béatrice Métraux. Le préfet de Lausanne, Serge Terribilini précise toutefois qu’«il nous faudra être humble, car il n’existe que peu d’expériences menées dans le domaine, mais nous avons l’espoir de faire émerger de bonnes pratiques qui pourraient se généraliser.» Objectif, désengager les personnes concernées des processus de radicalisation dans lesquelles elles sont entrées grâce à l’expertise de spécialistes de domaines aussi variés que l’intégration, l’éducation, la sécurité ou la santé.

Le projet verra le jour et fera l’objet d’une évaluation au bout de trois ans dès que le Grand Conseil aura ratifié l’EMPD (exposé des motifs et projet de décret) qui règle notamment la question de la transmission des données entre les différents acteurs appelés à intervenir (services de l’État, communes, Centre intercantonal d’information sur les croyances, etc.) «Non! Ce n’est pas une nouvelle affaire des fiches», prévient Béatrice Métraux qui promet que les données personnelles seront traitées avec autant de rigueur que des informations médicales.

Élément phare de la mesure la mise en place d’une permanence téléphonique où les citoyens pourront transmettre les situations qui leur font soucis. «Nous avons suivi l’expérience genevoise où la ligne était dans un premier temps gérée par La Main tendue. Et nous avons choisi de confier cette tâche à la police, car dans les cas où des questions sécuritaires sont en jeu, on ne peut se permettre de perdre des informations. L’anonymat total n’est donc pas adéquat», explique Béatrice Métraux.

Au sein de l’État, chaque département devra, par ailleurs, mettre en place des mesures permettant de faire remonter les signalements vers la plateforme opérationnelle et mener des mesures de prévention en fonction des spécificités de chaque service. «Nous avons choisi d’adopter la notion très large de radicalisation», précise enfin Béatrice Métraux qui citant le plan d’action national de la Confédération rappelle que la radicalisation est le «processus par lequel une personne adopte des positions toujours plus extrêmes sur les plans politiques, sociaux ou religieux pouvant aller jusqu’au recours à la violence extrême pour atteindre ses buts». Pas question donc de ne cibler que les religions.

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