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  • 16 mars 2017 - 08:15
  • Joël Burri 5724 signes
Formation

Etre diacre, une possibilité de reconversion professionnelle

Jean-Gabriel Cuénod, le diacre le plus célèbre de Suisse romande DR

L’Office protestant de formation organise une soirée de présentation du cursus menant au ministère diaconal. Actuellement, la plupart des diacres ont connu une première expérience professionnelle avant de se reconvertir dans ce métier.

Photo: Jean-Gabriel Cuénod, le diacre le plus célèbre de Suisse romande. DR

Par Joël Burri

«Jean-Gabriel est diacre, c’est une fonction qui existe aussi bien chez les catholiques que chez les protestants et personne ne sait exactement en quoi cela consiste», avait confié à Protestinfo l’acteur Didier Charlet qui incarne le personnage sulfureux de Jean-Gabriel Cuénod. Pour ceux qui veulent savoir ce qu’est vraiment ce métier, l’Office protestant de la formation (OPF) organise lundi à Yverdon une soirée de présentation du cursus permettant d’accéder à cette fonction.

«Un diacre est un expert en lien social et communautaire au nom de l’Evangile», explique Didier Halter, directeur de l’OPF. «Le diacre aide l’Eglise à vivre sa dimension diaconale. Il ne s’agit pas seulement de venir en aide à des personnes sur le plan matériel, mais surtout de reconstruire des liens», explique le formateur. «Dans la doctrine catholique, il y a une relation hiérarchique entre prêtre et diacre. Ce n’est pas le cas dans le protestantisme», complète-t-il. «Le pasteur est spécialiste de la dimension verticale de la vie de foi, il donne du sens dans la relation à Dieu, alors que le diacre est spécialiste de la dimension horizontale, il crée des liens dans la vie ecclésiale», poursuit Didier Halter. «Un exemple que je donne souvent est celui du service funèbre. Lorsqu’il en célèbre un, la porte d’entrée du pasteur c’est de se demander comment donner du sens à la mort. Le diacre, lui, se demandera comment redonner du lien après la mort. C’est complémentaire, car je crois que pour être heureux, l’humain a besoin de sens et de lien. Et l’Evangile donne des réponses dans ces deux domaines.»

Mais qui peut devenir diacre? «Il faut avoir envie de travailler dans l’Eglise. Souvent, les futurs diacres ont déjà un engagement au sein d’une paroisse, mais il arrive aussi qu’il s’agisse de personnes qui voient dans cette formation l’opportunité d’une reconversion professionnelle», explique Didier Halter. «Il faut avoir un équilibre psychoaffectif suffisant et une formation de niveau ES dans la santé, le social ou l’éducation. Pour des personnes qui n’auraient pas ce prérequis, une procédure de validation sur dossier peut avoir lieu.» Il faut aussi une formation théologique de base. «C’est pour cela que, lundi, des représentants de Cèdres formation et des Explorations théologiques seront présents. Les formations qu’ils dispensent sont une première étape avant de pouvoir suivre la formation diaconale. Celle-ci se fait en alternance avec un emploi dans une Eglise», explique le directeur de l’OPF.

Le profil classique des personnes qui se forment pour devenir diacres sont des gens qui ont entre 35 et 45 ans. Le diaconat représente une reconversion professionnelle. «Il n’est pas rare que les gens qui entament une formation de diacre aient eu une première vie professionnelle satisfaisante, mais qu’ils ne se retrouvent plus dans les valeurs de leur métier, car il a évolué.» Mais l’OPF souhaite que les profils dans cette filière se diversifient. «Nous souhaitons attirer également des gens plus jeunes, qui choisissent d’être diacres comme première formation», annonce Didier Halter.

«Ce qui m’a poussé à me lancer dans cette formation, c’est qu’à un moment de ma vie, je me suis rendu compte que ce qui avait le plus de sens c’était mes activités bénévoles pour l’Eglise», explique une diacre vaudoise. «Avant j’ai travaillé pendant près de 13 ans comme responsable de la communication au sein de “DM échange et mission”. Durant cette expérience professionnelle, j’ai trouvé qu’il était magnifique de pouvoir exprimer sa foi dans un cadre professionnel. Mais après douze ans, j’ai pensé qu’il était nécessaire de passer à autre chose, surtout dans un métier comme la communication. Comme j’avais envie de rester dans une profession au service de Dieu, l’idée de devenir diacre a peu à peu germé», explique pour sa part Bertrand Quartier qui est aujourd’hui diacre en suffragance (les deux premières années) dans la paroisse du Jorat (VD).

«Tant la formation que le stage étaient passionnants, mais j’ai trouvé qu’il y avait un fossé entre théorie et pratique. En formation, on nous invite à développer notre spécificité de diacre, à être plus spécifiquement des gestionnaires de projets, alors que dans la pratique on doit régulièrement prêcher. Finalement, beaucoup de paroissiens me disent “madame la pasteure”», sourit sa collègue. «Mais je pense que ce qui nous différencie c’est d’avoir connu le monde de l’entreprise; le licenciement après un congé maternité, etc. Nous avons vécu autre chose que les pasteurs qui sortent de l’uni et se forment au ministère.» Une opinion que partage Bertrand Quartier qui valorise également son expérience professionnelle précédente.

La jeune diacre poursuit: «je regrette un peu que les exigences académiques de la formation aient tendance à augmenter. Il serait dommage de perdre des gens qui ont une approche plus “pratico-pratique”.» Mais Didier Halter précise: «le diacre n’est pas un super bénévole et la volonté de hausser le niveau est un choix politique des Eglises réformées romandes qui est tant valable pour les diacres que pour les pasteurs et qui ne concernent pas les compétences académiques, mais la capacité à exercer un retour réflexif et critique sur sa propre pratique, capacité indispensable pour faire face aux changements qui affectent le contexte dans lequel s’exerce ces ministères.»

 

Soirée d’information

Formation au ministère diaconal

Lundi 20 mars, 19h30, maison de paroisse, rue Pestalozzi 6, Yverdon. 

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