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  • 25 juin 2012 - 07:37
  • Tania Buri 5854 signes
Théologie

Jacques Ellul, prophète malgré lui

ellul-ellulCrise économique, crash écologique, marketing généralisé: Jaques Ellul (1912 – 1994) était un «whistleblower» avant l’heure. L'adage « Penser global, agir local », c'était lui. Plusieurs manifestations marquent cette année le centenaire de la naissance du penseur bordelais. (Photo@Réforme)

Par Jean-Christophe Emery

Avec son talent d’anticipateur, son bagage et son acuité, Ellul a poussé la critique de la technique à son paroxysme, explique David Gill*, président américain de l'Association internationale Jacques Ellul (AIJE). Il entre alors en résonance avec les mouvements contestataires des années 70.

Aujourd’hui, après quelques années d'indifférence, la réédition de certains de ses ouvrages traduit un regain d’intérêt. David Gill l’explique par les enjeux soulevés par les nouvelles technologies, le cyber-terrorisme ou la reconfiguration des relations humaines par les réseaux sociaux.

Troisième anarchiste chrétien

Mais quelle était la méthode du visionnaire ? « Ellul ne voulait pas créer une nouvelle école, il ne voulait pas de disciples », explique Patrick Troude-Chastenet, professeur à Bordeaux et président de l’AIJE. La méthode Ellul consistait plutôt à valoriser des groupes d’individus dans une opposition à la progression du système. Ce n’est pas sans rappeler les pratiques actuelles de nombreux militants qui clament, sans le savoir, le slogan du maître : « Penser globalement et agir localement. »

Point de projet de société, point de parti politique, ni même d’organisation anarchiste. L’échec du rêve d’Ellul de faire de l’Eglise réformée française un noyau d’agitateurs s’explique par son refus de tout conformisme et de toute autorité. Ellul se plaît à dire qu’il se considère comme le troisième anarchiste chrétien après Kierkegaard et Tolstoï.

Entre protestantisme et altermondialisme

Reste que le « libertaire », éternel outsider, n’a pas eu un grand impact sur la société français, reconnaît Frédéric Rognon, auteur du récent ouvrage Générations Ellul: « Il n’est même pas mentionné dans le Petit Robert 2012. » Il n’empêche, « on trouve ses héritiers dans toutes les disciplines », souligne le professeur de philosophie à la Faculté de théologie de Strasbourg.

Selon Frédéric Rognon, ses héritiers se reconnaissent dans l'un ou l'autre aspect de son œuvre. D'abord, le protestantisme français qui le considère comme la troisième grande figure après Paul Ricoeur et Théodore Monod. L’ancrage biblique de l’intellectuel bordelais, ses préoccupations sociales et la liberté incarnée du croyant engagé sont particulièrement salués. Ensuite, les militants écologistes ou altermondialistes, à l’instar de José Bové, savourent la radicalité de ses critiques contre la technique omnipotente et son lot de dérives.

A vrai dire, l'adage « nul n’est prophète en son pays » s’est particulièrement appliqué à Jacques Ellul dans les années 70 et 80. Les Etats-Unis lui réservent alors un accueil triomphal. « Il était aussi connu que Jean-Paul Sartre » se plaît à dire Frédéric Rognon qui mentionne les 100 000 exemplaires vendus de la traduction anglaise de La technique ou l’enjeu du siècle. Sans compter l’aura d’Aldous Huxley, auteur du Meilleur des mondes, connu pour être le premier à en proposer la traduction. « C’est un homme qui prend la Bible au sérieux, ce qui plaît aux protestants américains », souligne David Gill.

Davantage de place pour la théologie

Au final, Ellul n’a jamais acquis ses lettres de noblesse dans les milieux académiques. Les reproches sont légion : il boudait les salons parisiens et se calfeutrait en province, critiquait ses pairs les plus courtisés, mélangeait le savoir aseptisé des amphis et le militantisme de base. Péché suprême : il violait la laïcité française en accordant une grande importance au Dieu de la Bible, une référence propre à le disqualifier aux yeux d’innombrables lecteurs. Dans sa propre faculté, où un seul cours donné par Patrick Troude-Chastenet lui rend hommage, le spécialiste de Marx et du droit romain est déconsidéré. « Faire de la science politique en se réclamant d’Ellul, c’est mission impossible », témoigne Patrick Troude-Chastenet.

Yves Ellul, architecte devenu pasteur, s’indigne calmement : « Les héritiers de la pensée de mon père sont en train d’entrer dans une orthodoxie de l’œuvre alors qu’il faudrait pousser plus loin la réflexion d'Ellul aujourd’hui. » Lorsqu’on lui demande dans quelle direction, il revendique une meilleure place pour la partie théologique de l’œuvre.

«Ce n’est que plus tard que j’ai découvert le volet théologique, raconte pour sa part Philippe Louiset. Dans ses cours, il ne faisait jamais allusion à sa foi.» L’ancien étudiant, aujourd’hui magistrat à la Cour d'appel de Bordeaux, évoque alors les études bibliques menées par Jacques Ellul : «Bien que catholique, j’étais accepté et ma foi s’est renforcée.»

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Cet article a été publié dans :

Le quotidien La Liberté samedi 23 juin.



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