• 10 mars 2016 - 08:15
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Eglises

Les Eglises libre et nationale vaudoises célèbrent leurs noces d’or

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L'Eglise des Terreaux, à LausanneL’Eglise évangélique réformée du canton de Vaud commémorera officiellement ses 50 ans, mardi 15 mars prochain, à l’Espace culturel des Terreaux. Pour fêter cet anniversaire, le professeur émérite de sociologie des religions, Jean-Pierre Bastian, donnera plusieurs conférences sur la fracture religieuse vaudoise entre 1847 et 1966, dans d’anciens lieux de culte de l’Eglise libre.

Photo: L'Eglise des Terreaux, à Lausanne © AUJ/celebrer.ch

Par Emmanuelle Jacquat

«Choisir de commémorer la fusion, dans les anciennes églises des libristes, c’est une manière de souligner les apports de l'Eglise libre, en particulier son expérience d'Eglise minoritaire qui doit nous aider à relever les défis d’aujourd’hui», annonce Xavier Paillard, président du Conseil synodal de l’Eglise évangélique réformée du canton de Vaud (EERV). L’église des Terreaux ainsi que les autres lieux, où se dérouleront les événements de ces prochains mois, sont tous d’anciens bâtiments de l’Eglise libre. 

Lors de la commémoration du 15 mars aux Terreaux, le professeur émérite de sociologie des religions de l’Université de Strasbourg, Jean-Pierre Bastian donnera une conférence sur la fracture religieuse vaudoise entre 1847 et 1966. Béatrice Métraux, cheffe du département de l'intérieur du canton de Vaud, Philippe Gonzales, sociologue des religions, Henri Laufer, président de la fondation des Terreaux ainsi que Xavier Paillard prendront également la parole. 

Une réunification difficile

«A l’époque, la fusion a été vécue par beaucoup comme une absorption de l’Eglise libre par l’Eglise nationale», rappelle Xavier Paillard. Tous les libristes semblent n’avoir pas vécu cette union de gaité de cœur. «Lors d’une réunion du comité du parti libéral, où la fusion entre les deux Eglises avait été annoncée, mon mari avait été frappé de voir, pour la première fois, des hommes, des libristes pleurer», confie Suzette Sandoz, déléguée au Synode. 

Du côté de l’Eglise nationale, la réunification n’a pas non plus été bien vécue par tous ses membres. «Henri Germond, professeur de théologie pratique et d’histoire des religions de l’Université de Lausanne et membre de l’Eglise nationale, a démissionné de son poste, car il ne voulait pas être dans la nouvelle faculté de théologie», raconte Bernard Reymond, professeur honoraire de théologie. La réunification des deux Eglises a entrainé inévitablement l’unification des deux facultés de théologie, où tous les professeurs, libristes et nationaux, ont été nommés. De fait, «la fusion était bien plus qu’une simple affaire religieuse, puisqu’elle touchait tous les aspects de la société», explique l’ancienne conseillère nationale.

Entre héritage et avenir

Que reste-t-il des tensions entre les anciens membres des deux Eglises, 50 ans plus tard? «Je n'ai pas connaissance qu'il y ait eu de grandes tensions entre libristes et nationaux à l'époque, mais des apports différents qui se sont complétés. Aujourd'hui, ces différences ne sont quasiment plus perceptibles», explique Xavier Paillard. De son côté, Suzette Sandoz souligne qu’elle entend, périodiquement, encore d'anciens libristes dire qu’ils souhaiteraient une séparation entre l’Eglise et l’Etat. Cette séparation Eglise-Etat était justement le nœud du problème, comme le confirme Bernard Reymond, «il n’y avait pas de conflit de doctrine, le seul point où cela ne marchait pas c’était l’ecclésiologie». C’est sur cette question de séparation de l’Eglise et de l’Etat que s’est formée l’Eglise libre en 1847. Mais lors de la réunification en 1966, la nouvelle Eglise a été enrichie, puisque «les laïcs, fortement engagés dans l’Eglise libre, se sont engagés dans l’EERV et cela a dynamisé un bon nombre de paroisses», précise Xavier Paillard.

«A l’heure où les églises se vident, se remémorer la fusion est essentiel pour repenser l’Eglise et son rapport dans la société», affirme Xavier Paillard, puisque «nous ne sommes plus la seule Eglise, largement majoritaire, et à laquelle on appartient par héritage». L’année 2016 est l’année des grands chantiers pour l’EERV: le déménagement de ses bureaux de l’avenue de l’Ale à la Môme – actuel bâtiment des Cèdres, qui accueillait la faculté de théologie de l’Eglise libre –, la création d’un nouveau journal romand, son jubilé et les 500 ans de la Réforme. «Tout cela participe de la volonté d’être fière de son héritage et de témoigner de sa foi», confirme Xavier Paillard.

 

Les conférences

Le 15 mars à 18h30, à l’Espace culturel des Terreaux, à Lausanne. Une soirée de commémoration, avec la conférence de Jean-Pierre Bastian: «La fracture religieuse vaudoise, 1847-1966 » et la réponse de Philippe Gonzalez. Entrée libre. 

D’autres conférences se tiendront également le 22 mars à 19 h 30, à la chapelle Nagelin, à Bex. Le 14 avril, à 19h30, à la chapelle Trévelin, à Aubonne. Le 15 avril, à 20h, à Crêt-Bérard, à Puidoux. Et le 12 mai, à 19 h 30, à la maison de paroisse Pestalozzi, à Yverdon-les-Bains.

Jean-Pierre Bastian est l’auteur d’un ouvrage «La fracture religieuse vaudoise, 1847-1966. L’Eglise libre, la Môme et le Canton de Vaud», qui paraîtra aux Editions Labor & Fides, mi-mars 2016.

 

L'histoire, en bref

- Le 3 août 1845, l’Etat ordonne aux pasteurs de lire en chaire un texte qui recommande d’adopter la nouvelle Constitution, qui sera voté le dimanche suivant. Les 43 pasteurs, qui refusent de lire le texte de l’Etat, seront suspendus pour un mois, voire un an pour certains.

- En décembre 1845, 149 pasteurs démissionnent de l’Eglise sur 225, soit plus des 2/3.

- En juin 1847 se déroule le premier synode de l’Eglise libre.

- En 1935, Lydia von Auw, pasteure libriste, est la première femme pasteure consacrée dans le canton de Vaud.

- En 1950, le professeur Pierre Bonnard et le pasteur Albert Girardet créent une communauté de travail pour réconcilier les deux Eglises.

- En 1964, les deux synodes acceptent le projet de fusion.

- Le 15 mars 1966, le premier synode constituant de l’EERV se déroule au Grand Conseil.

 

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