• 17 novembre 2015 - 19:15
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Médias

La RTS supprime ses magazines religieux

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Sur le plateau de «Faut pas croire», capture d'écran d'un film ©Pierre-Alain FreyA l’horizon 2017, «Faut pas croire» sur RTSun, «Hautes fréquences» sur La Première et «A vue d’esprit» sur Espace 2 devraient disparaitre. Seuls les cultes, messes, l’émission de documentaire «Dieu sait quoi» et la chronique quotidienne diffusée peu avant 6h30 sur La Première perdureront, à moins d’un accord trouvé durant les négociations menées en 2016.

Photo: Sur le plateau de «Faut pas croire» capture d’écran d’un film ©Pierre-Alain Frey

Par Joël Burri

«Cette décision unilatérale de la Radio télévision suisse (RTS) participe d’un anticléricalisme primaire qui considère que les religions sont à l’origine de violence et qu’il faut donc les bannir de l’espace public. Or c’est tout le contraire qu’il faut faire! Les religions quand elles sont intégrées et reconnues, contribuent à lutter contre les dérives sectaires», réagit Xavier Paillard, président du Conseil exécutif de la Conférence des Eglises réformées de Suisse romande (CER). Par le biais de son office des médias Médias-pro, la CER est le partenaire protestant de la RTS pour la production des émissions de RTSreligion. Médias-pro est également éditeur de Protestinfo.

Dans un communiqué commun avec Cath-info, le partenaire catholique, Médias-pro annonce que la direction de la RTS a décidé de supprimer «Faut pas croire» sur RTSun, «Hautes fréquences» sur La Première et «A vue d’esprit» sur Espace 2, mettant ainsi à mal une collaboration entre RTS et Eglises remontant à 1964. La disparition de ces émissions interviendrait en 2017, puisque c’est à cette date que prendra fin l’actuelle convention qui lie RTS, Cath-info et Médias-pro. «D’ici là, nous mènerons des négociations», rassure Xavier Paillard.

Si «la RTS finance l’entier des frais de production et de diffusion de ces émissions, les Eglises participent au financement du personnel rédactionnel. Ainsi sur les 12 équivalents plein-temps de journalistes, le service public en finance 4,5», estime Michel Kocher, directeur de Médias-pro. Selon le communiqué, la moitié de ces effectifs sont concernés par une disparition de ces trois émissions. Disproportionné: «Les économies que la RTS doit mettre en œuvre correspondent à 3% de son budget. Pourquoi RTSreligion devrait y laisser 50% de ses forces? Ce d’autant plus que Cath-Info et Médias-pro produisent les émissions parmi les moins chères de tous les programmes.»

Le personnel technique, qui n’est pas dédié à une émission spécifique, pourrait collaborer à d’autres émissions. Par contre, des licenciements sont à craindre parmi les journalistes. Les employés des Eglises bénéficieront-ils des mêmes conditions de fin de contrat que leurs collègues de la RTS? «Les collaborateurs concernés n’ont pas de contrat RTS. Ils ne peuvent dès lors pas bénéficier automatiquement du plan social négocié entre la SSR et le SSM (syndicat suisse des mass medias). Néanmoins, la RTS veillera à ce que des mesures d’accompagnement adéquates soient possibles pour des collaborateurs collaborant de longue date avec elle», promet Barbara Stutz, cheffe de presse de la RTS. Pour la RTS, par contre, il n’est pas encore possible de chiffrer précisément le nombre de postes touchés.

«Aujourd’hui, les magazines religieux couvrent l’entier des confessions et religions à la satisfaction de tous. Une récente analyse externe concernant la couverture du judaïsme a souligné l’équité et l’équilibre du traitement», rappelle le communiqué qui souligne: «A l’heure où la radicalisation religieuse est à l’œuvre, où les replis identitaires sont une forme de penchant naturel, ce choix éditorial de la direction des programmes de la RTS est incompréhensible.»

«L’ensemble de l’offre de la RTS est utile et nécessaire, et dès lors toutes les coupes sont difficiles. Nous ne remettons pas en question la qualité des émissions que nous devons interrompre. Et nous continuerons à traiter des questions religieuses et de leur dimension géopolitique, culturelle et sociologique dans différentes émissions», réagit Barbara Stutz. «Par ailleurs les émissions religieuses ne sont pas le seul domaine touché par ces économies.»

Elle rassure: «les thèmes traités dans les émissions supprimées (éthique, philosophie) seront abordés dans d’autres émissions de la RTS. Ce qui permettra également de les rendre accessibles à un plus large public. Par ailleurs, ce domaine éditorial restera présent sur les grilles d’Espace 2.»

Lors de la précédente négociation de la convention la direction de la chaîne se réjouissait de l’engagement des Eglises qui participaient à la «générosité de l’offre», selon le directeur des programmes, Gilles Pache, interrogé par Le Courrier en 2013. Il déclarait alors que les émissions religieuses «assument un rôle pédagogique indispensable». Et il ajoutait: «dans notre société en évolution elles peuvent contribuer à éviter des dérives islamophobes, par exemple.»

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