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  • 12 juin 2013 - 08:10
  • Tania Buri 3089 signes
Chronique

Au lendemain des votations: l’autre banalité du mal

agnus dei On parle, en thérapie familiale, de la «double contrainte» (en anglais: «double bind»). Vous imposant une alternative impossible, elle a pour effet que, quelle que soit la réponse que vous donnez, elle sera de travers et vous coûtera des crises de communication.

Par Pierre Bühler, professeur de théologie

Les mesures urgentes décidées par le parlement en automne passé ont, elles aussi, suscité une telle double contrainte chez les défenseurs d’un droit d’asile digne de ce nom: sachant que la majorité du peuple suisse dirait massivement non à un référendum, fallait-il ne rien faire et accepter tacitement ces mesures inacceptables, au risque de se renier soi-même, ou fallait-il lancer un référendum pour marquer son désaccord, au risque de subir une défaite qui ne ferait que conforter les adeptes des durcissements?

«Miserere nobis»

Quelle que soit la décision, vous êtes pris au piège, et ceux qui critiquent aujourd’hui les référendaires, dont je suis, d’être allés au-devant de la défaite, auraient tôt fait de les critiquer de n’avoir rien entrepris dans l’hypothèse inverse! Si les donneurs de leçon du lendemain des votations mesuraient mieux l’ampleur de ce dilemme éthique, ils traiteraient les référendaires avec plus de respect, évitant d’en faire des naïfs inconscients!

Si un jour, on fait le procès du peuple suisse, il dira: «J'ai voté à presque 80% comme le parlement et le Conseil fédéral m'ont demandé de le faire!» Et je ne parle pas des 61% qui n'ont pas voté. Ils diront: «De toute façon, ils font ce qu'ils veulent!» Oui, certes, surtout quand on s'abstient...  

Ce qui m’interroge beaucoup plus en ce triste lendemain, c’est la source de notre dilemme: cette majorité populaire qui, depuis des décennies, malgré tous les faits tragiques et tous les débats, n’a cessé de dire docilement oui et amen à toutes les propositions des autorités. Dans une matière où il en va pourtant de vies humaines, où l’intégrité physique et psychique de personnes menacées est en jeu, cette majorité ne donne guère signe de conscience éthique.

Dimanche, pendant que se faisait le décompte des voix, ma femme et moi sommes allés voir le film que Margarethe von Trotta a consacré à Hannah Arendt. Cette philosophe allemande d’origine juive a subi une vague de critiques parce qu’elle avait défendu la thèse qu’Adolf Eichmann, un des pires exécutants de la «solution finale» pour l’extermination des Juifs, n’avait rien de diabolique, était un homme tout à fait normal, banal. Il n’avait conscience que d’avoir scrupuleusement exécuté les ordres qu’il avait reçus. Hannah Arendt parlait en ce sens de «la banalité du mal».

Le parallèle est saisissant. Les votations de dimanche nous ont également montré une forme de banalité du mal, une banalité à visage démocratique. Le peuple suisse n’a rien de diabolique, il est somme toute même tragiquement banal. Si, un jour, on fera son procès, il dira : «J’ai voté à presque 80% comme le parlement et le Conseil fédéral m’ont demandé de le faire!» Et je ne parle même pas des 61% qui n’ont pas voté. Ils diront: «De toute façon, ils font ce qu’ils veulent ! » Oui, certes, surtout quand on s’abstient…

Alors, que les donneurs de leçon du lendemain des votations nous disent ce qu’ils font pour sortir ce peuple-Eichmann de sa léthargie en matière d’asile! Pour combattre les somnifères sécuritaires qu’on lui administre sans arrêt!

Au lendemain des votations, je n’ai pas de leçon à donner. C’est tout au plus un «miserere nobis» (Aie pitié de nous!) qui s’échappe de mes lèvres…

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