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mercredi, 26 juillet 2017 08:15

La figure du bourreau dans les crimes de masse

Série: «La transmission de la mémoire de la Shoah»

Hitler cc(by-sa)Bundesarchiv via https://commons.wikimedia.org/wiki/File:Bundesarchiv_Bild_146-1969-054-53A,_N%C3%BCrnberg,_Reichsparteitag.jpg#/media/File:Bundesarchiv_Bild_146-1969-054-53A,_N%C3%BCrnberg,_Reichsparteitag.jpgDécideurs, propagandistes, organisateurs et exécutants, tous sont des bourreaux. Mais rares ceux sont qui racontent leurs crimes. Et quand ils le font, ils les nient ou se victimisent.

Photo: CC(by-sa) Bundesarchiv. De gauche à droite: Heinrich Himmler, Rudolf Hess, Gregor Strasser, Adolf Hitler, Franz von Pfeffer.

Par Laurence Villoz et Guillaume Henchoz

Plus de cinq millions de juifs ont été tués pendant la Deuxième Guerre mondiale, environ deux millions de Cambodgiens sous le régime khmer rouge et près d’un million de Tutsis au Rwanda entre les mois d’avril et de juillet 1994. Alors que les survivants de ces crimes n’ont jamais cessé de raconter les horreurs qu’ils avaient vécues, ce mécanisme est quasiment inexistant du côté des bourreaux. «Ils ne parlent que lorsqu’ils sont obligés de le faire, comme lors des procès. Dans ces cas-là, ils adoptent généralement un discours de victimisation en prétendant qu’ils n’ont fait qu’obéir aux ordres», explique l’historien et politologue Jacques Semelin.

Série: «La transmission de la mémoire de la Shoah»

Brigitte SionEntre le touriste en short et le vendeur de glaces, quelle place donner à la commémoration dans les mémoriaux modernes? Spécialiste de la mémoire de la Shoah, Brigitte Sion pose un regard critique sur l’évolution de ces lieux de pèlerinage. Entretien.

Photo: Brigitte Sion © Sébastien Brochot

Par Laurence Villoz et Guillaume Henchoz

Experte en pratiques mémorielles, Brigitte Sion s’intéresse tout particulièrement à la manière de commémorer collectivement les grandes tragédies, telles que la Shoah, les «disparus» argentins ou le génocide cambodgien. Si le mémorial sert initialement à se souvenir, il remplit aussi des missions pédagogique, politique ou encore touristique.

Comment définir un mémorial?

Brigitte Sion: On a trop souvent l’idée que c’est un monument. Un mémorial peut être une construction en trois dimensions, mais également un chant, une prière, un texte, une date ou un festival. C’est moins son essence qui importe que sa fonction. Un mémorial permet avant tout de se souvenir d’un événement. Il ne s’agit pas nécessairement de commémorer une tragédie, cela peut être un jour heureux comme une victoire ou l’indépendance acquise.

Série: «La transmission de la mémoire de la Shoah»

la ShoahQuelles conséquences la disparition des rescapés peut-elle avoir sur l’enseignement de l’histoire en Suisse romande ? Peut-on se priver de leur témoignage pour enseigner ce qu’a été la Shoah?

Photo: CC (by-nc-nd) Evan Lavine

Par Laurence Villoz et Guillaume Henchoz

Alors que le dernier poilu de la Première Guerre mondiale a disparu en 2008, les rangs des rescapés de la Shoah sont de plus en plus clairsemés. Les témoins encore en vie sont maintenant très âgés et ils sont peu nombreux à pouvoir encore se déplacer pour raconter. La mémoire vivante de leur témoignage est en passe de s’effacer pour faire place à une autre mémoire, culturelle et institutionnelle, entretenue par les associations, et les pouvoirs publics. Quelles sont les conséquences de ce changement, notamment sur les écoles? «Il faut effectivement s’interroger sur les manières dont on peut raconter l’histoire  de la Seconde Guerre mondiale alors que les témoins directs de cette dernière ont bientôt tous disparu», lance l’historien Dominique Dirlewanger qui enseigne également au gymnase. Pour lui, le passage d’un témoin dans les classes est un événement marquant: «Si vous avez déjà assisté à un témoignage direct, vous vous rendez compte qu’on ne pourra pas reproduire ça même avec le meilleur des films. Quand un survivant intervient dans une classe, qu’il relève sa chemise pour montrer le tatouage inscrit sur son bras par les SS, cela devient une incarnation du passé très vive.»

Série: «La transmission de la mémoire de la Shoah»

carte postale st Gingolph CC(by) peuplier via https://flic.kr/p/bKUhT8Une thèse d’histoire remet en question le nombre de réfugiés juifs refoulés par la Suisse pendant la Seconde Guerre mondiale. Derrière la querelle d’historien se pose une question lancinante. Et si la Suisse manquait de compétences mémorielles?

Photo: La frontière suisse est complètement fermée. Ici à Saint-Gingolph vers 1943. CC (by) peuplier 

Par Laurence Villoz et Guillaume Henchoz

C’est une recherche que peu ont pu lire, mais qui fait déjà couler beaucoup d’encre. L’historienne Ruth Fivaz-Silbermann a défendu avec succès à l’Université de Genève sa thèse de doctorat intitulée «La fuite en Suisse. Migrations, stratégies, fuite, accueil, refoulement et destin des réfugiés juifs de France durant la Seconde Guerre mondiale». La chercheuse y retrace le parcours de réfugiés juifs qui se sont présentés à la frontière suisse à partir de l’été 1942: «C’est le moment où les Juifs vivants ou réfugiés en France, en Belgique ou en Hollande commencent à être déportés et exterminés systématiquement. C’est aussi le moment où la Suisse cherche à fermer complètement ses frontières». A partir du mois de novembre 1942, les Allemands occupent la Zone libre auparavant placée sous le gouvernement de Vichy. La Suisse est alors complètement entourée par les puissances de l’Axe et doit gérer l’arrivée de réfugiés à ses frontières. Certains sont refoulés. D’autres non. Selon la chercheuse, un peu moins de 3000 personnes juives se sont vues interdire l’entrée sur le territoire helvétique à la frontière franco-suisse entre 1942 et 1945, où sont passés les deux-tiers des réfugiés. D’après le rapport Bergier publié en 2002, plus de 20’000 personnes (juives et non juives) ont été refoulées le long de toute la frontière suisse, de 1939 à 1945. Le débat est ouvert.

memorial Leipzig ©LVSérie: «La transmission de la mémoire de la Shoah»

Protestinfo propose une série d’été sur la transmission de la mémoire de la Shoah. Ce dossier sera diffusé de façon hebdomadaire pendant les mois de juillet et d’août, dès le 7 juillet.

Photo: Mémorial de la Shoah à Leipzig. 

Alors que les derniers survivants des camps sont presque tous décédés, Protestinfo s’est intéressé à la façon de transmettre la mémoire de la Shoah. A travers une série de sept articles, des spécialistes, des historiens et des témoins analysent les mécanismes mémoriels au sein des familles, de la population et des différents états. Une rescapée du camp de Drancy raconte son histoire et la manière dont elle a partagé son vécu avec sa descendance. Si les victimes des crimes de masses n’ont cessé d’exprimer les souffrances qu’ils ont subies, leurs bourreaux se taisent. Et quand ils parlent, ils se victimisent. Qu’en est-il de leurs enfants?

© 2017 Protestinfo