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  • 13 février 2019 - 16:51
  • Marie Destraz 3763 signes
Culture

Clichés du Christ

Les photographes contemporains ont réinvesti la figure du Christ pour transmettre des messages engagés au public. Nathalie Dietschy, docteure en lettres et auteure de l’ouvrage «Le Christ au miroir de la photographie contemporaine» s’est penchée sur le sujet lors d’une conférence à l’Espace culturel des Terreaux, à Lausanne, le 11 février dernier.

Par Marie Destraz

Les cheveux longs, la raie au milieu du crâne, une barbe, une moustache et un teint pâle. Ces traits sont généralement ceux que l’on attribue à la figure de Jésus. Longtemps restée la chasse gardée des artistes religieux, la figure de Jésus entre dans le champ profane dès la fin du XIXe siècle. Les photographes contemporains s’en emparent pour la détourner et transmettre un message revendicateur. «La figure de Jésus devient militante, porte-parole d’une cause, le plus souvent en faveur des populations minoritaires ou marginalisées», explique Nathalie Dietschy, docteure en Lettres de l’université de Lausanne, spécialiste de la photographie et auteure de l’ouvrage «Le Christ au miroir de la photographie contemporaine», (Ed. Alphil, 2016), lors d’une conférence à l’Espace culturel des Terreaux à Lausanne le 11 février dernier.

Les visages de Jésus

Pour que le détournement fasse mouche auprès du spectateur, l’artiste s’inspire de l’iconographie classique, des récits bibliques tels que la crucifixion ou la cène connus tant des croyants que des non croyants, ou encore de célèbres tableaux religieux.

Les codes classiques sont donc réinvestis et renouvelés dans une mise en scène qui s’inscrit dans le contexte subjectif de l’artiste. «La figure de Jésus est désincarnée», lâche Nathalie Dietschy. En l’absence de source authentifiant le vrai visage de Jésus et avec le désintérêt des artistes contemporains pour la vérité, chacun peut désormais prendre les traits de Jésus. Au cours du XXe siècle, le médium photographique acquiert sa place et sa légitimité pour traiter des sujets sacrés.

Les messages provocateurs

La figure de Jésus devient l’alter ego de l’artiste engagé qui s’en sert pour porter un discours revendicateur sur la pellicule. L’émancipation de la femme et la discrimination raciale, dans les années 1960, le sida et la domination de l’homme blanc dans les années 1980-990, mais aussi l’homosexualité ou le handicap, font partie des combats qui inspirent les photographes.

C’est le cas de l’artiste américano-jamaïcaine Renee Cox. Dans son travail «Yo mama’s last supper», l’artiste incarne Jésus, nue, entourée de onze apôtres noirs et d’un blanc. Elle met ainsi en avant la cause des femmes et la sous-représentation de sa communauté ethnique. La photographe suédoise et lesbienne Elisabeth Ohlson Wallin, est à l’origine de la série «Ecce homo». Parmi les clichés, on trouve une cène rassemblant des travestis et un Jésus en talon aiguille tenant à la main un poudrier. Derrière l’œuvre, c’est ici la cause des homosexuels que l’artiste cherche à servir. Par ces travaux transgressifs, qui ont crée la polémique, c’est un message d’inclusion et de tolérance qui est véhiculé. Rauf Mamedov, originaire d’Azerbaïdjan, réinvestit quant à lui la cène en y plaçant des modèles atteints de trisomie. Une paire de lunettes est déposée devant le personnage de Jésus, symbolisant la vision de la future trahison et de l’acceptation de son destin. «L’intérêt du détournement réside dans les points de rupture, les détails, les écarts qui témoignent du point de vue de l’artiste», commente Nathalie Diestchy.

Mais la provocation n’est pas tout. L’artiste photographe d’origine samoane Greg Semu revisite la cène avec des modèles kanaks. La cène quasiment cannibale raconte les clichés des missionnaires sur ce peuple autochtone. Le dernier repas célèbre ici la fin des traditions avant la conversion au christianisme. Pour l’artiste, il s’agit ici de se défaire de l’image collée aux Kanaks. L’objectif est aussi de réconcilier les peuples des îles Samoa avec les colons français. Quant à l’artiste indien Vivek Vilsani, il réalise une cène hybride avec des protagonistes tirés du kathakali, une forme de théâtre originaire de l’État indien de Kerala. Avec cette œuvre, il dresse des ponts entre les cultures traditionnelles et l’impact la domination occidentale.

Transgressives souvent, ces œuvres contemporaines bouleversent les codes. Si l‘artiste cherche à servir une cause et créer le débat, l’œuvre peut aussi l’empêcher provoquant des réactions choquées de la part des spectateurs. «Une réaction qui peut trouver son origine dans le lien étroit que la photographie entretient avec le réel, qui contrairement à la peinture ou à la musique est sans filtre», analyse l’historienne de l’art.

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