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  • 09 octobre 2012 - 08:30
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Formation

«Le protestantisme libéral prend ses racines chez Rousseau»

img13_1Il est à la fois historien et théologien, mais aussi enseignant et donc fraîchement «consacré» ministre de l'Eglise réformée de France. Le scientifique neuchâtelois Pierre-Olivier Léchot, 35 ans, vient de poser ses valises à Paris. A l'Institut protestant de théologie (IPT), il enseigne l'histoire du christianisme à l'époque moderne. Interview à l'heure de la rentrée.

ProtestInfo: Pierre-Olivier Léchot, arrivé en fin de contrat comme collaborateur scientifique à l'Université de Neuchâtel (Unine), vous partez pour Paris. Les académies suisses romandes ne savent-elles pas conserver leur relève?

Pierre-Olivier Léchot: Sous la pression de la Confédération, on a limité les postes intermédiaires, comme celui de maître assistant. Je parlerais donc d'une fragilisation de la relève académique.

Cela dit, la théologie est un monde extrêmement restreint. Du coup, les pistes sur place étaient plutôt maigres. Soit je partais pour un temps à l'étranger avec une modeste bourse du Fonds national suisse (FNS), ce qui n'était pas envisageable comme mari et père de 3 enfants. Soit je visais un poste stable, comme celui de l'IPT. C'est ce que j'ai fait.

Partez-vous aussi parce que la faculté de théologie de l'Unine se fragilise?

A l'automne 2009, j'ai en effet été nommé dans un pôle naissant baptisé «Culture chrétienne». Un ou deux professeurs auraient dû me rejoindre depuis; ça n'a pas été le cas. Mais je tiens à dire que j'ai pu bénéficier de conditions assez agréables pour mes recherches, et pour organiser des colloques, notamment celui sur le théologien neuchâtelois Ostervald.

A Paris, vous êtes donc maître de conférences. Qu'est-ce qui, dans l'enseignement en théologie, vous frappe en comparaison avec la Suisse?

Le nombre d'étudiants! J'en avais trente mardi dernier pour un cours... Soit plus du double de ce que je connaissais en Suisse romande. Près de 200 étudiants sont inscrits en cursus diplômants dans la faculté, et je ne parle pas des auditeurs.

Vous dites aussi que le cadre de recherche est loin d'y être inintéressant. Quelles opportunités ce poste vous ouvre-t-il?

Beaucoup, comme celle d'être un des quatre scientifiques à piloter le Groupe de recherche sur l'histoire des protestantismes, à cheval entre la Faculté de théologie protestante de Paris et le CNRS. Nous avons dû en l'occurrence reconstituer le groupe de coordination suite à certains départs.

Vous dites que l'histoire ne doit pas être la servante de la théologie, mais qu'elle peut remettre en cause certaines interprétations théologiques totalisantes. Pourquoi?

Parce que l'histoire nous offre toujours des contre-exemples. A la différence d'une approche qui cherche à vérifier dans l'histoire les énoncés dogmatiques – qui serait l'approche catholique, pour ne pas la nommer –, je pense que la théologie protestante, mais aussi une certaine théologie issue de Vatican II représentée par des personnalités comme Congar ou Sesboüé, postule qu'il faut écouter l'histoire. Il faut comprendre et interpréter les contre-exemples qu'elle fournit, les laisser éclairer les dogmes et la doctrine pour faire naître de nouvelles interprétations.

Oui, on aime bien dire que la justification par la foi est le dogme constitutif du protestantisme, calviniste comme luthérien. Mais si vous prenez certains théologiens réformés du XVIIIe, ils remettent cette doctrine en cause en disant que les oeuvres et la morale sont très importantes, même pour le salut.

Est-ce que vous auriez un exemple?

Oui, on aime bien dire que la justification par la foi est le dogme constitutif du protestantisme, calviniste comme luthérien. Mais si vous prenez certains théologiens réformés du XVIIIe, ils remettent cette doctrine en cause en disant que les oeuvres et la morale sont très importantes, même pour le salut. Pareil pour la théologie libérale du XIXe et du XXe. Comment l'intègre-t-on dans une compréhension du protestantisme qui se réclame en même temps des Réformateurs? On aime bien dire aujourd'hui dans le travail oecuménique que le catholicisme s'est ouvert à la lecture de Luther, de Calvin. Mais que faire du protestantisme libéral du XIXe siècle qui a posé des jalons fondamentaux qu'on ne peut pas éluder?

C'est précisément un de vos domaines de recherche...

Oui, et je dirais que le protestantisme libéral, au fond, prend ses racines chez Rousseau. Le Genevois émet des critiques au modèle des Réformateurs qui à mon sens sont pertinentes, en particulier celles en lien avec l'individualité. Il rompt avec toute une série d'éléments constitutifs du protestantisme depuis les origines. Rousseau est à la charnière entre un ancien protestantisme, qui s'efface, et un nouveau protestantisme qui, sans se réclamer de lui, va s’en inspirer. Le libre examen de l'Ecriture par exemple, thèse selon laquelle chacun est libre d'interpréter la Bible comme il l'entend, est inventé par Rousseau, et non par les Réformateurs, comme les libéraux du XIXe le croyaient.

Vous menez aussi des études sur la moralisation de la théologie à la fin du XVIIe siècle, notamment Ostervald. Qu'ont-elles à dire aux théologiens de ce début de XXIe siècle?

Ces théologies posent à mon sens une question toujours actuelle: comment défendre à la fois la doctrine réformatrice de la grâce de Dieu, extrêmement libératrice, et en même temps la nécessité de s'engager dans le monde? Comment puis-je lâcher prise face à l'obligation que j'ai d'être dans le monde et de m'y faire un nom, et en même temps comment m'y engager? Il y a la conviction chez les théologiens que j'étudie que la doctrine de la grâce peut amener à un relâchement moral. C’est ce qui va les conduire à valoriser une véritable «pastorale de la peur», comme dit l’historien Jean Delumeau, ce qui, naturellemnt, ne tient plus aujourd’hui. Mais l’enjeu demeure.

Dans un autre registre, vous quittez la présidence de l'Association suisse pour l'histoire du refuge huguenot lors de l'assemblée du 27 octobre prochain. Quelles impulsions y avez-vous données?

L'association, strictement historique, peut compter sur le nombre stable de 250 membres. En 2010, nous avons pu organiser un grand colloque à Ascona (TI), en collaboration avec l'Institut d'histoire de la Réformation et grâce au soutien du FNS. Une quarantaine de spécialistes se sont intéressés aux rapports entre histoire, mémoire et identité protestante. C'était par ailleurs le premier colloque à s'intéresser à toute la période historique qui va du début de la Réforme à aujourd'hui.

Vous quittez aussi le Conseil du Collège protestant de théologie. Quel regard portez-vous sur l'évolution des facs réformées en Suisse romande, et donc sur la formation théologique des futurs ministres protestants?

Elles sont face à une situation critique, mais comme toute période de crise, celle qu’elles traversent est aussi porteuse de chances. Je ne sais pas ce que l'Université de Neuchâtel compte faire de sa faculté de théologie. Celles de Genève et de Lausanne, chacune avec ses spécificités, ont de bonnes chances de créer de nouvelles dynamiques. De plus, une nouvelle génération de profs aborde les choses de manière moins passionnelle. Je suis donc optimiste.

Propos recueillis par Samuel Ramuz

 

A LIRE

  • J.-J. Rousseau, Profession de foi du vicaire savoyard, édition, introduction et commentaires par Pierre-Olivier Léchot, Labor et Fides, 2012
  • Marianne Carbonnier-Burkard, Comprendre la révolte des Camisards, Ouest-France, 2008. Mme Carbonnier est la prédecesseure de Pierre-Olivier Léchot à l'IPT.

 

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