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  • 12 septembre 2012 - 08:30
  • Tania Buri 3853 signes
Opinion

Pas de punition collective pour les immigrés les plus vulnérables

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appartenancesLe Conseil des Etats débat depuis le mardi 11 septembre du durcissement des lois sur les étrangers et sur l’asile proposé par le Conseil national. Pour beaucoup, la question se résume à des dossiers et à des statistiques sans aucune connaissance des réalités vécues. Faut-il rappeler qu’il s’agit d’abord de personnes?

Par Claude Schwab, président d’Appartenances

Depuis près de 20 ans, l’association Appartenances travaille dans le canton de Vaud avec les migrants les plus vulnérables, offrant des prestations d’interprétariat communautaire, des espaces de socialisation et d’intégration, des possibilités de formation de base ainsi qu’un soutien psychothérapeutique.

Les psychiatres, psychologues-psychothérapeutes et physiothérapeutes d'Appartenances suivent dans leurs consultations pour Migrant·e·s près d'un millier d'adultes, de familles et d'enfants requérants d’asile ainsi que des personnes déboutées du droit d’asile, toutes directement concernées par les récentes décisions du Conseil national concernant la révision de la loi sur l'asile. La moitié de ces patient·e·s sont des victimes de torture ou de violences collectives.

C’est au quotidien que les thérapeutes, souvent avec la médiation d’un interprète, partagent la souffrance, les questions et les espoirs de personnes qui ont été démolies par des violences et qui, de plus déracinées, doivent affronter les difficultés de l’exil. Le documentaire réalisé sur le travail thérapeutique d’Appartenances, "Sous la main de l’autre", a montré le patient cheminement de personnes ayant subi des actes de torture.

Passé indicible car inhumain

Leur parole renaissante explore un passé indicible parce qu’inhumain. Faire cesser la douleur, écarter la folie, protéger leurs proches d’une violence qui dort en eux, être compris et reconnus, voilà ce qui les anime.

Or ce long processus est sans cesse menacé et entravé par la précarité de leur condition d’immigrés dans notre pays. Les mesures proposées par le Conseil national vont encore péjorer leur situation. Que ce soient l’abrogation de l’opportunité comme motif de recours, le remplacement de l’aide sociale par l’aide d’urgence, la désignation de pays dits « sûrs » en matière de renvoi (où des soins appropriés ne sont pas disponibles), la prolongation de l’admission provisoire et du regroupement familial, ces mesures ne vont pas empêcher les plus malins et les plus forts de rester en Suisse, mais elles vont aggraver la situation des plus vulnérables.

Dans leur consultation, les thérapeutes observent déjà quotidiennement la péjoration de la santé psychique des personnes déboutées du droit d’asile et soumises à l’aide d’urgence: états de grande détresse avec de nombreux symptômes psychiques (réactivation des traumatismes, dépression, troubles anxieux) et somatiques, consécutifs à la précarisation, aux menaces répétées de renvois, à la stigmatisation et à l’inactivité professionnelle forcée. Ils observent aussi des effets déstabilisants chez les enfants et des atteintes à leur développement.

Le durcissement des lois ne produira pas l’effet visé: il s’agit plus de gesticulation politique que de mesures dissuasives pour ceux que l’on voudrait chasser. Il est démontré que les mesures dites d’urgence n’ont guère d’effets pour tous ceux qui arrivent à se débrouiller. Mais leurs conséquences sur les plus faibles sont catastrophiques. Aveugles face à la situation réelle des plus démunis, elles rappellent le triste souvenir des punitions collectives, prenant prétexte des infractions d’une minorité pour s’acharner sur les plus vulnérables. A ce retour à la barbarie, il faut clairement dire non.

A voir
Sous la main de l’autre, un film de Vincent Detours et Dominique Henry
www.souslamaindelautre.eu
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