• 14 mars 2016 - 08:15
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Eglises

Les prédicateurs laïques humanisent les prêches

chaire eglise CC(by-nc-nd) Laurent Lenotre via https://flic.kr/p/nm2w3eEn mai, les premiers 25 prédicateurs laïques formés à Genève seront accueillis officiellement dans l’Eglise protestante. Leur approche non professionnelle du culte permet d’ancrer les prêches dans le quotidien.

Photo: CC(by-nc-nd) Laurent Lenotre 

Par Stéphane Herzog

Le 25 mai à Genève, une cérémonie sera organisée à la cathédrale Saint-Pierre pour recevoir officiellement 25 prédicateurs laïques dans leur nouvelle fonction. En fait, ces non-professionnels de la théologie, formés par des pasteurs, «sont déjà présents dans toutes les régions et tous les services de l’Eglise protestante de Genève», indique Patrick Baud, modérateur de la Compagnie des pasteurs et des diacres de l’EPG.

Parlant un langage simple, basé sur leur expérience de vie, les prédicateurs représentent peut-être une chance pour l’Eglise, dans un environnement où le message de la Bible n’est plus toujours compris (voir ci-contre). «Les prédicateurs ne sont pas handicapés par l’outillage théologique des pasteurs, qui peut parfois déboucher sur du jargon, alors que les paroissiens, les citoyens, veulent qu’on parle de ce qu’ils vivent. De ce point de vue, le prédicateur a un angle d’attaque qui peut être différent», reconnaît Patrick Baud. Avant de souligner qu’en aucun cas, ces prêcheurs (désormais nommés simplement «prédicateurs») ne sont là pour assumer le rôle de «roue de secours» des pasteurs. «Ils sont complémentaires», insiste le modérateur, qui estime que l’EPG fait preuve de sagesse en offrant ainsi plusieurs approches aux paroissiens.

Prédicatrice, Annemarie Turrettini — dont le mari, Charles Pictet, est le mécène de la nouvelle chaire de théologique pratique de Genève — estime que «la foi n’est pas le privilège des pasteurs, pas plus de ceux qui savent». Elle évoque l’intérêt à «entendre un boulanger, un avocat ou un médecin parler de ce que représente le vin dans la sainte-cène». La prédicatrice, qui ne prétend «pas du tout être pasteur», souhaite montrer dans ses prêches «comment (sa) foi s’inscrit dans la vie de tous les jours». Les prédicateurs sont susceptibles d’aborder cet exercice qu’est le prêche «de façon plus simple, plus humaine» que les professionnels, commente à son tour Charles Pictet, qui rappelle la difficulté du métier de pasteur. «On leur demande de tout savoir faire, sans que tous se révèlent forcément doués pour l’acte du prêche, qui est proche du théâtre», résume le banquier, arrivé récemment à la retraite.

Former les pasteurs à la prédication, c’est le travail d’Elisabeth Gangloff Parmentier, titulaire de la chaire de théologie pratique de la Faculté de théologie de l’Université de Genève. La Française est persuadée que les prédicateurs représentent une force. «Ce n’est pas seulement un service complémentaire. Ils apportent de la richesse, d’autant qu’ils possèdent une liberté de parole dont ne bénéficie pas un pasteur, qui a la responsabilité d’une paroisse». Leur talon d’Achille? «Ils n’ont pas étudié longuement théologie.» Mais cette faiblesse serait «compensée par leur expérience de la vie, qui leur permet de mieux parler des problèmes existentiels», ajoute cette luthérienne. Un bémol: les prédicateurs sont nomades et ne connaissent pas leurs paroissiens, relève la titulaire de la chaire Irène Pictet Du Pan.

L’arrivée de ces prêcheurs non professionnels révélerait-elle dans les cultes officiels un manque de vie, voire une pratique trop intellectuelle? Lauriane Savoy, l’assistante d’Elisabeth Gangloff Parmentier, ne le pense pas. «C’est un stéréotype. La plupart des pasteurs (56 pasteurs et diacres à Genève: NDLR) ont le souci de rejoindre les gens. Moi qui connais bien la pratique des cultes à Genève, je n’ai pas en tête l’exemple d’un pasteur qui serait déconnecté», souligne cette historienne, qui se souligne au passage la présence positive dans les églises de jeunes femmes pasteurs.

 

 

Prêcher aujourd’hui nécessite un effort d’adaptation

Elisabeth Gangloff Parmentier apprend l’art de prêcher à des étudiants en théologie et à des prédicateurs laïques depuis 20 ans. Cette discipline doit s’adapter à une nouvelle réalité, dit-elle, dans un environnement où l’individu est sommé de réussir sur tous les plans de la vie et de consommer toute l’offre disponible. «Le langage de la Bible et ses concepts, comme par exemple le salut, ou le sacrifice de Jésus, ne sont plus compris. Il faut trouver un moyen de montrer la pertinence de cette parole», résume la titulaire de la chaire de théologie pratique à Genève. Face au mot «sacrifice», ou quand le sujet du sang versé par le Christ est cité, des personnes font part de leur surprise. «Tel me dit qu’il n’a rien demandé à Jésus, tel autre que la mention du sang le dégoûte. Or la quête spirituelle chrétienne toujours du sens pour les gens. Elle change quelque chose. Mais on doit pouvoir expliquer en quoi c’est le cas.»

Le recours à la culture peut offrir un angle d’attaque. «On peut partir d’un film: par exemple, Le festin de Babette montre le don gratuit d’une femme, qui offre un repas somptueux à une communauté renfermée sur elle-même et qui est pleine de stéréotypes. Ce geste leur ouvre le cœur et ce mouvement est au cœur de la théologie», illustre la professeur. «Pour beaucoup de gens qui viennent rarement à l’église, le prêche, reste un sermon», ajoute la prédicatrice laïque Annemarie Turrettini. Elle s’efforce alors de «décortiquer les mots» en évoquant de faits concrets, par exemple des visites à des malades. «Je choisis parfois d’évoquer le mot du pardon, plutôt que celui de péché», conclut la prédicatrice.

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