• 17 février 2016 - 08:15
  • Lauent Zumstein 2366 signes
Chronique

Jan en 4 temps – quelques mots à propos de Jan de Haas

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Jan de Haas en 2013. ©Célébrer.ch/JCEProtestinfo laisse régulièrement carte blanche à des personnalités réformées.

Le pasteur Laurent Zumstein, coordinateur des solidarités au sein de l’Eglise évangélique réformée vaudoise, partage quelques souvenirs de son collègue Jan de Haas, décédé récemment.

Photo: Jan de Haas ©Célébrer.ch/JCE

Avec Jan, nous avons été candidats pour le même poste. Lui, il avait ce parcours que l’on connaît et moi, j’avais juste été le pasteur d’une seule paroisse. Pourtant, il m’a laissé passer devant, renonçant à ce qui aurait pu être un dernier défi professionnel. A remuer les souvenirs, je prends conscience aujourd’hui que de cela nous n’avons jamais parlé. Cependant, avec le recul, comment ne pas repérer le geste de l’ancien qui se retire pour permettre au plus jeune de grandir. En avais-je les capacités? Je ne le sais, mais la confiance manifestée et son souci de l’Eglise à venir racontent le personnage.

Autre instant: dans cette fonction qui est dorénavant la mienne, il m’incombe de proposer à mes collègues des temps d’entretien, une fois l’an. C’était donc l’hiver passé, Jan me faisait alors découvrir son nouveau repère, tout en haut de la maison qu’il habite avec Geneviève. Un espace réaménagé dans les combles. Une sorte de vigie, sur le bateau de sa retraite à venir. Moment privilégié où le pasteur au parcours qui m’impressionne semble pourtant hésiter: abandonner toutes ces expériences à l’histoire ou essayer de les rassembler pour les transmettre? Si lui me dit choisir de les lâcher, moi, les yeux embués, je mesure la perte. La perte et la valeur.

A l’heure où les gens apprennent sa mort, je reçois un téléphone de F. qui veut savoir où aura lieu le service funèbre. Du coup me passe devant les yeux tout un film. Sur les images, il y a Jan et quelques autres. Nous sommes sur la brèche: des coups du destin, nous protégeons comme nous le pouvons la famille de F., blessée, cassée. Il s’agit d’aller vite, de faire marcher notre réseau, de trouver des endroits sûrs, de repérer des alliés dans les administrations compétentes… On mouille notre chemise et, quand un peu de répit se profile, on se mange un truc, ensemble, chez l’un ou chez l’autre. Douceurs de l’été, tout d’un coup. Dans ces respirations fraternelles, c’est fou ce que la vie a du sens! Jan était l’homme de toutes ces séquences.

Et puis je me souviens de cette première fois: il arrivait à un camp de catéchisme qu’avec d’autres j’animais, à Vers-l’Eglise. Evidemment, c’est en sandales et gilet qu’il déboula. «Le fameux pasteur des rues, c’était donc lui!» Je me rappelle alors de son visage fatigué, marqué, mais aussi de l’éclat doucement rieur de ses yeux, reflets de la dignité qu’il reconnaissait sous les peaux malades ou piquées des hommes et des femmes qu’il accompagnait. Dans cette rencontre, j’ai su que, moi, je ne pourrais jamais donner ma vie à un tel ministère. Mais je savais aussi qu’il avait raison; je croyais en ce même Dieu! La vie a fait – ou ce Dieu, justement!- qu’aujourd’hui, certes d’un peu plus loin, je sers la pastorale de Rue. Jan, le pionnier.

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