• 27 janvier 2016 - 08:15
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Chronique

Pour ou contre le baptême d’enfant? Et si c’était plus compliqué que ça…?

vitrail bapteme christ CC(0) via https://pixabay.com/en/church-window-baptism-sacrament-1016443/Protestinfo laisse régulièrement carte blanche à des personnalités réformées.

Etudiant en théologie et blogueur, Philippe Golaz partage une réflexion autour de la question du baptême ou de la présentation des enfants.

En début de semaine dernière, j’ai eu une intéressante discussion avec une de mes amies, Haley, sur la question du baptême d’enfants. J’ai également lu avec intérêt une homélie de Vincent Lafargue, ainsi qu’un intéressant débat sur Facebook avec différents ministres et étudiants en théologie romands. Ces éléments ont stimulé ma réflexion sur le sujet.

Dans le monde réformé romand, le débat se limite souvent, dans la tête des jeunes parents, à un choix de type binaire où soit on baptise son enfant, soit on ne le baptise pas. Bien que je n’aie probablement pas à prendre une telle décision dans un futur proche, cette question me travaille depuis quelques années, et la perspective de devoir choisir entre soit baptiser mon enfant, soit ne pas le baptiser, m’a toujours laissé insatisfait. On oublie cependant une troisième voie qui est celle de la présentation, et qui est à même de mieux répondre aux attentes des parents sans que l’on doive passer par un affaiblissement de ce qu’est le baptême, cela permet même de réaffirmer avec plus de force la particularité du sacrement baptismal.

Le sens du baptême

J’aimerais d’abord rappeler rapidement ce qu’est le baptême. Le baptême est un rite et un sacrement de l’Eglise. Cela veut dire qu’il est le signe visible d’une réalité invisible, spirituelle. L’élément qui le caractérise est l’eau, qui représente à la fois la mort et la vie. Si la dimension de la vie dont l’eau est porteuse relève de l’évidence aujourd’hui, ce n’est plus vraiment le cas pour ce qui est de la dimension de la mort.

Dans l’antiquité, les grandes étendues d’eau comme la mer étaient des lieux extrêmement dangereux pour l’homme. Entreprendre un voyage par la mer était des plus périlleux et on ne s’éloignait jamais trop des côtes afin d’éviter d’être pris dans une tempête ou de devoir faire face à ces monstres marins face auxquels les hommes étaient alors impuissants.

La plupart des baptêmes sont faits par aspersion aujourd’hui, c’est-à-dire que l’on verse une petite quantité d’eau sur la tête du baptisé, mais à l’origine il se faisait par immersion totale. Le baptisé plongeait alors dans l’eau, plongeait dans la mort, avant d’en être sorti par celui qui célébrait ce rite, signifiant son retour à la vie. Derrière cela se cachent la mort et la résurrection du Christ. Etre baptisé c’est comme vivre une seconde naissance, où l’on meurt dans notre nature d’homme pécheur dans un premier temps avant de ressusciter à une vie nouvelle, éternelle, rendue accessible par le Christ à la Croix, et cela gratuitement.

«Ignorez-vous que nous tous qui avons été baptisés en Jésus-Christ, c’est en sa mort que nous avons été baptisés? Par le baptême en sa mort nous avons donc été ensevelis avec lui afin que, comme Christ est ressuscité par la gloire du Père, de même nous aussi nous menions une vie nouvelle. En effet, si nous avons été unis à lui par une mort semblable à la sienne, nous le serons aussi par une résurrection semblable à la sienne.» (Romains 6:3–5)

En plus de cet enseignement sur le baptême donné par Paul, la Bible mentionne plusieurs cas de baptêmes dans le livre des Actes (Ac 2:41/8:12/8:26-39 /16:13-15 /16:27-33 /18:8) qui concernent tous des adultes, qui reçoivent le baptême après avoir entendu et cru à la prédication de l’Evangile. Autour de ces cas de baptêmes, le Saint-Esprit est à l’œuvre de différentes manières, se manifestant aussi bien avant (Ac 10:44-48) qu’après le baptême (Ac 19:5-6).

Ne pas baptiser un enfant ne veut donc pas dire qu’il sera coupé de Dieu et exclu du Royaume, tout comme choisir de le baptiser ne lui donne pas un avantage particulier sur les autres. En fin de compte, c’est bien Dieu qui dispose de toutes choses, et l’administration d’un rite à un enfant par les hommes n’est en rien contraignante pour Lui.

Un dilemme à dépasser

Si l’on a en tête un choix binaire de type baptême/pas baptême, on se retrouve confronté à un dilemme, et cela a justement été mon cas pendant longtemps. D’un côté, il m’est totalement impensable de ne rien faire à la naissance d’un enfant. D’un autre côté, je considère comme une chance de pouvoir vivre le baptême en étant pleinement conscient de la démarche que cela représente. Si j’ai un jour la chance de connaître les joies (et tout ce qui va avec) de la paternité – et j’espère que cela arrivera – il est pour moi extrêmement important de pouvoir non seulement prendre le temps de remercier Dieu pour ce don d’un enfant, mais aussi placer cet enfant sous le regard de Dieu, prendre l’engagement devant Dieu et devant l’Eglise d’élever cet enfant dans la foi chrétienne, et de prier pour et avec lui/elle.

La décision peut être difficile à prendre si on se limite à ces deux seules possibilités. Mais c’est sans tenir compte de la présentation d’enfant (ou bénédiction d’enfant, selon le lieu), qui m’a dernièrement été rappelée par cette amie dont je vous parlais en tout début d’article, qui fréquente une église presbytérienne aux Etats-Unis qui pratique beaucoup ce rite.

La présentation d’un enfant est tout à fait biblique, Jésus a été présenté au Temple de Jérusalem par ses parents avant de se faire baptiser à l’âge de 30 ans. Lors de ce rite, il s’agit d’appeler la bénédiction de Dieu sur l’enfant et sa famille, pour les parents de prendre un engagement, et pour la communauté de les accueillir dans la famille chrétienne. Dans le tissu ecclésial réformé romand, la pratique est pour le moins hétérogène. Peu de mes contemporains ont été présentés, à ma connaissance du moins, et les ministres présentent des attitudes diverses en la matière, n’évoquant pas tous de manière systématique cette possibilité.

N’étant pas encore ministre, j’ai posé la question sur Facebook à mes amis pasteurs et autres étudiants en théologie de toute la Suisse romande. Les réponses ont été des plus variées, de ceux qui bien que la présentation fasse partie des rites officiels de leur Eglise ne la mentionnent pas du tout, car cela ne fait pas partie de la culture ecclésiastique, à ceux pour qui «évidemment» on évoque la présentation.

Apparemment, plus on se rapproche de Genève, plus la pratique est ancrée dans la culture d’Eglise du canton. Il est à mon sens dommageable de ne pas évoquer la présentation, car cela conduit à un certain affaiblissement du sens du baptême, dans une volonté de rejoindre les parents dans leurs convictions et de présenter un acte liturgique adapté à un tout jeune enfant. Dans bien des cas, l’attente qu’ont les parents par rapport au baptême correspond mieux à ce qu’est une présentation. Ils n’ont souvent par contre aucune idée qu’une telle possibilité existe, d’où l’importance de les en informer.

De cette ignorance découle une décision qui s’orientera alors soit vers un baptême «léger», soit vers l’absence de baptême. Carolina Costa m’a répondu: «l’essentiel reste toujours pour moi dans le sens de la demande et de la démarche des familles. C’est pour moi le sens même d’accompagner… Accompagner dans leur spiritualité et leur cheminement de vie.» En proposant la voie de la présentation à des parents qui se questionnent sur la possibilité de faire baptiser leur enfant, nous leur offrons justement la possibilité de faire du chemin, là où ils auraient eu des réticences à faire baptiser l’enfant. Rien n’est imposé à celui-ci, mais «la présentation est un acte de foi des parents, qui viennent devant Dieu avec leur enfant» m’a écrit de son côté Agnès Thuégaz, étudiante en théologie, et Elise Cairus, doctorante en théologie rappelle très justement que «l’amour et la grâce de Dieu précèdent toute naissance». Il s’agit avant tout de proposer un rite dans lequel les parents se reconnaîtront le mieux, et non pas d’adapter le baptême en fonction des attentes et compréhensions de qui le demande. Ne nous préoccupons pas trop non plus d’imposer ou non quelque chose à l’enfant.

Si l’on entend beaucoup d’athées dire mal vivre le fait d’avoir été baptisés enfants, Etienne Guilloud me rappelait ceci: «Je suis souvent dans la situation où je suis avec des enfants baptisés et des non baptisés et ce n’est pas toujours évident de déconstruire cette idée que ceux qui ne sont pas baptisés seraient moins dans la communauté que les autres.» Il est vrai que dans le catéchisme nous rencontrons aussi des jeunes qui vivent mal le fait de ne pas avoir été baptisés, et il y a là un grand travail pour leur faire comprendre qu’ils ne sont pas moins membre de l’Eglise et moins enfants de Dieu que ceux qui l’ont été.

Pour conclure

Voilà pour ce qui est de l’état actuel de ma réflexion, récemment stimulée et enrichie par les discussions de cette dernière semaine. Bien évidemment, elle va encore évoluer. Je me réjouis en tout cas de constater que l’EERV a mis à jour son site internet tout dernièrement, proposant la «bénédiction d’enfant» (c’est comme ça qu’ils appellent la présentation) au même titre que le baptême. L’Eglise doit réapprendre à se faire porteuse de sens et retrouver son rôle d’éducateur de la société face à un analphabétisme religieux. Le moment de la naissance d’un enfant, avec tout ce que cela comporte de miraculeux, est une belle occasion de (re)nouer des liens avec des personnes éloignées de l’Eglise, et de leur apporter la Bonne Nouvelle qu’est l’Evangile.

Le moment du baptême est l’un des trois moments forts de la vie d’une personne et d’une famille où celles et ceux qui sont éloignés de l’Eglise s’y rendent (les deux autres étant le mariage et l’enterrement), et où il est important de savoir apporter une parole pertinente et juste, qui leur permette de se construire non plus en tant qu’individus, mais en tant qu’enfants de Dieu, membres d’une communauté et d’initier un chemin de foi.

Au final, entre baptême et présentation, il n’y a pas une solution objectivement meilleure que l’autre. Il faut prendre le temps de réfléchir aux implications de l’une et de l’autre possibilité, et porter son choix sur celle qui nous semble être la plus appropriée. Pour moi, ce sera probablement la présentation. Et si vous qui lisez cela êtes de futurs parents, j’espère avoir contribué à stimuler votre réflexion sur le sujet, et que vous serez mieux à même de prendre une décision éclairée.

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