• 08 janvier 2016 - 17:30
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Médias

En décapitant ses émissions religieuses, la RTS se tire une balle dans le pied

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Remise de la pétition SoutenonsRTSreligion à la RTS ©Laurence Villoz

Au-delà de la défense des émissions religieuses, c’est l’idée même du mandat de service public que le comité de soutien à RTS religion tient à défendre. Il l’a rappelé lors d’une conférence de presse précédant la remise à la direction de la RTS des 23’000 signatures récoltées par leur pétition.

Photo: Le comité de soutien avec les signatures récoltées dans les locaux de la RTS. De gauche à droite Jacques-André Maire, André Kolly, Jean-François Mayer, Claude Ruey  © Laurence Villoz

Par Joël Burri

Supprimer les magazines d’actualité religieuse de la RTS? 23’000 auditeurs et téléspectateurs ont dit non! Vendredi 8 janvier, en début d’après-midi, l’historien des religions François Mayer, accompagné des politiciens Ada Marra, Dominique de Buman, Jacques-André Maire et Claude Ruey, sont allés remettre les signatures récoltées en quelques semaines seulement par la pétition «Soutenons RTS religion» aux représentants de la direction de la RTS: Gilles Pache, directeur des programmes et Pascal Crittin, secrétaire général. Un peu plus de la moitié de ces signatures (12’000) ont été récoltées au travers de la plateforme web soutenonsRTSreligion.info.

«S’il n'avait été question que de supprimer une émission, nous l’aurions regretté, mais nous ne serions pas là pour défendre les émissions religieuses. Cela aurait fait partie du fonctionnement normal d’une chaîne que de modifier sa grille», a déclaré François Mayer, le matin même, lors d’une conférence de presse organisée par le comité de soutien aux magazines religieux. «Mais là, il s’agit d’une décapitation! Je sais que le terme de décapitation fâche la direction de la RTS, mais c’est bien de cela qu’il s’agit.»

Mi-novembre, Médias-pro et Cath-info, les partenaires protestant et catholique de la Radio télévision suisse (RTS) dans la production des émissions religieuses, ont annoncé que sans avoir mené la moindre consultation la direction de la RTS leur avait signifié sa décision de mettre fin, à l’horizon 2017, aux magazines religieux («Faut Pas Croire» sur RTS un, «Hautes fréquences» sur La Première et «A vue d’esprit» sur Espace 2). Directeur de Cath-info, Bernard Litzler précise: «Actuellement, les émissions RTS religions représentent 7h10 de programme par semaine. Avec la réforme qui a été décidée, cela passera à 3h10. La RTS veut nous renvoyer à la sacristie: elle ne garde que les cultes et les messes et supprime les émissions d’actualité sur le fait religieux.»

Le financement des émissions religieuses est assuré par la RTS en ce qui concerne tous les aspects techniques alors que les Eglises réformées et catholiques financent le personnel rédactionnel. Soit environ 2,8 millions par année à la charge de la RTS et 1,2 -1,3 million à la charge des Eglises. Les membres du comité de soutien ont toutefois insisté sur le fait que bien que les journalistes de ces émissions soient payés par les Eglises, ils ne font en aucun cas du prosélytisme. Ils ouvrent leur travail d’enquête et de reportage sur l’ensemble des questions de spiritualité. Pour le socialiste neuchâtelois Jacques-André Maire, «il s’agit là d’une situation gagnant-gagnant, pour les Eglises et la RTS.»

«La RTS souhaite à se défaire de sa rédaction spécialisée en religion au moment même où ces questions rejaillissent de manière particulièrement vive dans l’espace public», s’est étonné Jean-François Mayer. Dans un communiqué publié le jour même, la RTS a toutefois promis qu’elle «n’a pas l’intention de renoncer aux thématiques religieuses sur ses antennes.» «Il est normal que la RTS parle de religions dans ses émissions d’information générale», a réagi Dominique de Buman. Mais le démocrate chrétien ajoute: «On parle aussi de sport au téléjournal, ce qui n’empêche pas d’avoir une rédaction et des émissions spécialisées en sport!» La socialiste vaudoise Ada Marra, a, en outre, ajouté: «La religion mérite un traitement différent que des débats politiques qui polarisent les positions!»

«Je suis d’avis que le monde politique ne doit pas se mêler de la politique éditoriale des médias de service public», a également déclaré Ada Marra. «Mais cette décision précipitée de la direction de la RTS, qui intervient avant même que les chambres fédérales n’aient eu leur débat sur le service public nous oblige à intervenir.» Elle y voit le signe d’une volonté de la SSR (qui fédère la RTS et ses homologues des autres régions linguistiques) de répondre aux seules questions d’audimat, plutôt que de jouer son rôle de service public. «Ce qu’ils veulent faire, c’est Télé-Blocher!» «Il y a, à l’évidence, une volonté d’aller vers une privatisation et vers davantage de contrôle sur l’information», a renchéri Jacques-André Maire. «Ada Marra parle de Télé-Blocher, moi je dirais plutôt que c’est le modèle Berlusconi.»

Pour Dominique de Buman en parlant des seuls chiffres pour justifier la coupe sévère dans les émissions religieuses, la RTS «se dire une balle dans le pied.» Il rappelle par exemple que la répartition de la redevance favorise les minorités linguistiques. «De plus, la RTS a un rôle à jouer dans le vivre ensemble en permettant à toutes les minorités de s’exprimer. Il en va de son mandat de participer à la cohésion nationale. Si la RTS adopte la seule logique des chiffres, elle fait le jeu de ceux qui sont opposés à la SSR.» Ada Marra abonde, «au Conseil national, nous avions l’habitude de parler de projets avant de parler de chiffres, mais en ce qui concerne la SSR on sent une pression de ne parler plus que de chiffres!»

«Contrairement à ce que dit mon ami Gilles Pache, ce ne sont pas que les milieux d’Eglise qui ont signé cette pétition!», souligne Claude Ruey. Le PLR Vaudois rappelle que lorsqu’il était conseiller d’Etat, il bénéficiait régulièrement de tribunes libres dans la presse: «celles qui touchaient les questions religieuses sont celles qui provoquaient le plus de réactions. La RTS a tort de croire que la religion ne touche que les milieux d’Eglise, cela fait partie de notre société.» Un constat que partage Jean-François Mayer: «Lancer une pétition, c’était un peu se soumettre au verdict de la population. Et le moins que l’on puisse dire c’est que l’on a ressenti un fort soutien.»

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