• 15 octobre 2015 - 08:15
  • Joël Burri 4416 signes
Politique

Claude-Alain Voiblet: «L’UDC n’est pas en conflit avec les Eglises»

«Edition spéciale», le journal de l'UDC«L’UDC s’engage pour la culture chrétienne et occidentale qui est à la base de notre identité et de notre cohésion», peut-on lire sur le site du premier parti de Suisse. Pourtant, les prises de positions des Eglises, tantprotestante que catholique sont quasiment systématiquement opposées aux propositions du parti, en particulier sur les questions de migration. Alors l’UDC, est-elle vraiment un parti chrétien? Le point avec Claude-Alain Voiblet, vice-président de l’UDC suisse.

Propos recueillis par Joël Burri

L’UDC fait régulièrement référence aux traditions chrétiennes qu’elle entend défendre, mais qu’entendez-vous par «traditions chrétiennes»?

Tout d’abord, il faut voir d’où vient le parti. A l’origine, il est d’essence protestante. Avec la croissance de son électorat depuis les années 1990, il a repris une partie de l’électorat du Parti démocrate chrétien. Donc aujourd’hui on a, au sein du parti, une proportion de catholiques et de protestants représentative de la population suisse. Ce n’était pas le cas il y a 20 ans.

Quant à la question des valeurs chrétiennes, c’est sûr que quand on compare notre positionnement aujourd’hui sur la migration, avec le positionnement des personnes qui sont à la tête des Eglises, on pourrait avoir l’impression qu’au fond le parti n’est pas du tout en accord avec les valeurs des Eglises.

Mais j’aimerais revenir un peu plus dans le détail: quand on fait référence à nos valeurs, c’est principalement à ce que nous a apporté le christianisme, des valeurs de société. Elles nous ont permis de relativement bien intégrer les étrangers qui étaient de mêmes religions que nous, par exemple d’Italie, du Portugal ou d’Espagne. Nous avions une référence commune. Par exemple, que la femme soit l’égale de l’homme.

Aujourd’hui ce qui se passe, selon nous, c’est l’érosion de ces valeurs pour ne pas heurter l’immigration actuelle. On efface les fêtes religieuses. Dans le cadre des écoles, on ne peut plus faire référence à la religion. Par contre, on accepte des valeurs qui ne sont pas les notres, par exemple en terme de nourriture, de fêtes, d’interférence de la religion dans l’espace publique. C’est cet ensemble-là qui nous pose problème.

Si on fait référence au christianisme dans notre programme, c’est que l’on estime que son héritage apporte la stabilité et facilite le comportement entre les êtres humains.

Mais ne pensez-vous pas que vous vous trompez de cible? Si on parle moins de religion ce n’est pas à cause des immigrés, c’est à cause de la sécularisation de la société!

Encore une fois, je pense que quand on fait référence à ces valeurs chrétiennes, il ne faut pas comprendre que l’UDC défend une confession plutôt qu’une autre. Ce à quoi nous sommes attachés, ce sont les valeurs que les religions ont apportées à notre société. Le respect, le savoir-être entre les personnes.

Je suis protestant, mais j’ai peu de contact avec l’Eglise. Pourtant ce que j’ai vécu dans mon enfance et ce que j’ai transmis à mes enfants a de l’importance pour moi. Ces valeurs issues du christianisme apportent beaucoup. C’est pourquoi nous sommes réfractaires à une immigration de masse qui ne permet plus l’intégration. Nous ne sommes pas sectaires au point de dire que c’est une question de religion. C’est une question de reconnaissance de nos valeurs qui s’érodent parce que pour intégrer la nouvelle communauté on abandonne une partie de notre cadre de vie.

Dans votre première réponse, vous avez insisté sur le fait que c’est la tête de l’Eglise qui s’oppose à l’UDC. Vous sous-entendez que ce n’est pas le cas de la base?

Jusqu’à preuve du contraire, une grande partie des électeurs se revendique soit du protestantisme, soit du catholicisme. Malgré cela lors de votations une majorité a dit non aux minarets ou à l’immigration de masse. Ce sont des choix majoritaires du peuple et je pense que ce peuple est aussi représentatif des membres des Eglises. Par ailleurs, jamais une Eglise n’a fait un vote en son sein avant de donner une vision sur l’immigration ou les minarets. Moi comme membre de l’Eglise protestante, j’ai un peu de la peine avec les décisions à l’emporte-pièce prises tout en haut de l’Eglise. C’est facile de dire que l’on doit accueillir, mais dans quelles conditions? Jusqu’où peut-on aller? Et ne vit-on pas une immigration uniquement économique?

J’ai le sentiment, qu’au niveau des Eglises on voit l’aspect humanitaire, c’est vrai qu’il y a des aspects dramatiques, c’est vrai que l’on voit des images qui font mal, mais si demain la Suisse accueille 100’000 immigrés de plus, est-ce qu’on a résolu le problème? Pas du tout, on en aura 100’000 autre qui attendent et disent «on est prêts à venir en suisse». Je pense donc que le monde politique doit fixer des limites. Il doit réfléchir aux conséquences sur la population à court, moyen et long terme. Il ne peut pas rester sur les seules considérations humanitaires.

Pour moi, notre parti n’est pas en conflit avec les Eglises. Simplement, on a des rôles différents. On assume notre rôle de politique, voilà.

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